Quand deux passionnés se rencontrent
C’est au CFMI (Centre de Formation des Musiciens Intervenants) qu’Audrey, saxophoniste, et Étienne, joueur de didgeridoo, se rencontrent. Ensemble, ils découvrent la « lutherie sauvage » : un art de fabriquer des instruments à partir d’objets recyclés et de matériaux improbables (ressorts, vinyles fondus, bois, métal, plastique…). Ce bricolage créatif leur ouvre un monde sonore inédit, un terrain d’exploration qu’ils ne quitteront plus.
De cette passion commune naît une idée folle : et si un didgeridoo pouvait changer de notes ? C’est ainsi que commence l’aventure du Didjophone.
Naissance du Didjophone
Entre séances de bricolage maison, allers-retours dans les rayons de magasins de bricolage, essais de matériaux sanitaires (tuyaux, coudes…) et l’aide précieuse de proches (dont le père d’Audrey, très impliqué), le premier prototype du Didjophone voit le jour.
Une reconnaissance inattendue au concours Lépine
Pour faire connaître leur création, Audrey et Étienne se lancent dans un grand défi : présenter le Didjophone au concours Lépine. Un an de préparation est nécessaire : réalisation d’un plan complexe avec l’aide d’une amie architecte, constitution du dossier administratif, création du stand avec l’aide d’un photographe…
En 2011, ils participent au salon, sans rien espérer. Contre toute attente, le Didjophone séduit le jury par sa fraîcheur et sa poésie. Il est récompensé !
Au-delà du prix, ce salon permet au duo de rencontrer des personnes-clés du monde de la fabrication instrumentale. Toutefois, industrialiser un tel objet s’avère compliqué : trop complexe, peu rentable. Pourtant, Audrey et Étienne rêvent d’un instrument fabriqué dans un matériau noble, au design harmonieux… mais aucune rencontre ne porte ses fruits.
Un instrument qui fait vibrer les scènes locales
Malgré les obstacles, le Didjophone, en version prototype rouge, vit et se fait entendre. Étienne le présente dans divers événements comme BD Ciné, la Fête de l’Eau ou l’ouverture de la Grange à Riedisheim.
De son côté, Audrey conçoit le spectacle Le Voyage à contre-temps, une création originale mêlant danse, musique, théâtre et un large éventail de sonorités, pour l’École de Musique de la Haute Thur et le groupement des sociétés de musique de la Haute-Thur. Le compositeur Nicolas Jarrige y intègre un morceau inédit pour Orchestre d’Harmonie et Didjophone, intitulé Désert Atomique. Une œuvre puissante et apocalyptique, portée par 60 musiciens, retraçant un voyage temporel de la préhistoire au futur radioactif. Le Didjophone, avec ses sons profonds, y incarne le futur et ne laisse aucun spectateur indifférent.
La rencontre décisive avec un facteur de cuivres
Heureux hasard : en 2015 lors d’un mariage, Audrey retrouve Jérôme Wiss, un ami d’enfance devenu facteur de cuivres et restaurateur d’instruments anciens. Étienne monte à Paris pour lui présenter le projet. Jérôme est convaincu, mais, avec les moyens dont il dispose alors, il ne peut fabriquer que certaines parties de l’instrument. Le projet reste donc en suspens. Trois ans plus tard, en 2018, Jérôme s’installe en Alsace et s’équipe d’un atelier complet, capable de produire le Didjophone de A à Z. Le coût est estimé à
10 000 €. Une somme importante que les musiciens ne peuvent assumer seuls.
Une cagnotte qui change tout
Audrey et Étienne lancent une campagne sur Ulule, qui demande plus d’une année de travail et de constitution du dossier. En mai 2022, la cagnotte s’ouvre enfin.
Pari réussi : les 10 000 € sont collectés ! Il faudra pourtant encore patienter : très pris par ses activités, Jérôme Wiss ne commence la fabrication qu’en avril 2023.
Deux années de tests, d’ajustements, de perfectionnements seront nécessaires. Après toutes ces années de persévérance, le Didjophone final est enfin là : presque achevé (il ne reste plus qu’à le vernir), il peut désormais être joué, avec précaution mais fierté.
Un instrument qui enchante les oreilles
Le Didjophone impressionne. Ses sonorités vibratoires et profondes rappellent le didgeridoo. Audrey et Étienne en rêvaient : un didgeridoo capable de produire plusieurs notes, facilement accessibles, comme sur une flûte.
Alors que le didgeridoo, originaire d’Océanie, souffre parfois d’une mauvaise image, le Didjophone lui redonne ses lettres de noblesse, surtout en France, où les meilleurs joueurs et fabricants de didgeridoo sont aujourd’hui basés.
Un concert inoubliable à Illzach
Le 5 juin 2025, à l’Espace 110 d’Illzach, Audrey et Étienne présentent le Didjophone devant une salle comble. De Bach à Beethoven, du funk, rock aux musiques de films comme Matrix, ils explorent tous les genres.
Le moment fort reste l’intervention de la famille Bonaud, un quatuor émouvant : la fille Alice à la flûte traversière, le fils Clément à la harpe, Audrey au saxophone et Étienne au Didjophone.
Sur scène, 17 musiciens-enseignants issus de l’Orchestre National de Mulhouse, de l’école de musique de Wittelsheim, de l’Espace 110 d’Illzach, du Conservatoire de Mulhouse, des amis du CFMI, tous les participants au projet avec bien sûr Jérôme Wiss, le facteur de cuivres. Le public est transporté, certains disent avoir voyagé hors du temps.
La soirée se conclut par une ovation interminable, symbole d’un succès amplement mérité après plus de 20 ans de persévérance.
Et maintenant ?
Audrey rêve d’enseigner un jour le Didjophone à ses élèves, peut-être lors de stages pendant les vacances scolaires. Son esprit créatif continue de bouillonner pour lui donner une place dans ses créations…
Étienne, lui, souhaite approfondir sa maîtrise de l’instrument, explorer toutes ses possibilités et l’intégrer à de futurs projets musicaux ambitieux.
Il confie : « Mon souhait désormais est que les musiciens s’en emparent. »
Prochaine date à noter !
Spectacle « Les Bulles de Mim’s »
Auditorium du Conservatoire de Mulhouse, le 10 avril 2026
Étienne et le Didjophone participeront au spectacle
« Les Bulles de MIM’S », organisé par le Conservatoire de Mulhouse. Cet événement se tiendra le 10 avril 2026 à l’Auditorium du conservatoire. Le programme propose une représentation haute en couleurs, mêlant sons du quotidien, musiques du monde et chansons, offrant ainsi une expérience musicale immersive et poétique.
Un immense bravo à Audrey et Étienne pour avoir porté ce projet de toute une vie. Le Didjophone, né d’une passion commune, est devenu réalité grâce à leur persévérance, leur créativité et une belle dynamique de solidarité. Bien plus qu’un simple instrument, le Didjophone incarne un souffle d’innovation dans l’univers musical, entre expression artistique et savoir-faire artisanal.


